Les morues – Titiou Lecoq

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moruesQuatrième de couverture :

C’est un roman qui commence comme cela :
«Au début, il y a la sonnette – et la porte qui s’ouvre et se referme sans cesse. Des pas qui résonnent dans l’entrée. Et des embrassades, des «ah», des «oh». T’es déjà arrivé ? J’croyais que tu finirais plus tard le taff. Ouais, mais finalement j’ai bien avancé. Hé, Antoine on va pas parler boulot ce soir, hein ? Ça serait de la provoc ! Un brouhaha généralisé. Des verres qui tintent. T’as apporté les bougies ? Non c’était à Ema de le faire.»
Et c’est un roman qui commence aussi comme cela :
«Depuis une dizaine de minutes, Ema gardait la tête obstinément levée vers la voûte. En suivant des yeux les courbes compliquées des arches gothiques de l’église, elle espérait éviter de pleurer. Mais d’une elle commençait à avoir sérieusement mal à la nuque et de deux il devenait évident qu’elle ne pourrait pas échapper aux larmes de circonstance.»
C’est donc l’histoire des Morues, d’Emma et sa bande de copines, de ses amis, et, si l’on s’y arrête une minute, c’est le roman de comment on s’aime en France au début du XXIe siècle.
Mais c’est davantage.
C’est un livre qui commence comme une histoire de filles, continue comme un polar féministe en milieu cultivé, se mue en thriller de journalisme politique réaliste – au cours duquel l’audacieuse journaliste nous dévoilera les dessous de la privatisation du patrimoine culturel français – et vous laisse finalement, 500 pages plus loin sans les voir, dans le roman d’une époque embrassée dans sa totalité par le prisme de quatre personnages.
Cet ambitieux projet romanesque, qui a pris plusieurs années à son auteur, est une réussite totale.
D’abord parce qu’il se dévore. Que sa lecture procure un plaisir continu, et qu’il emprunte toutes ses voies pour s’inscrire dans une perspective globale avec une acuité, une ironie et une gouaille bien contemporaines, mais en y superposant le paysage littéraire d’une jeune femme d’aujourd’hui qui, petite fille, réécrivait la fin des romans de la Comtesse de Ségur pour celles qu’elle préférait lire.
Cela donne un authentique et passionnant roman français.
Moui, moui, moui… La quatrième de couverture est alléchante mais au final, le roman l’est un peu moins. Nous ne sommes pas ici sur de la chick-lit comme on pourrait le penser, enfin pas tout à fait… Nous ne sommes pas non plus vraiment sur un thriller, ni sur un roman de genre. On est plutôt à la confluence de tout cela, sans que la mayonnaise ne prenne vraiment… Enfin, ça monte un peu mais pas aussi haut que je l’aurai souhaitée…

Je ne vais pas vraiment parler de l’écriture, je pense avoir l’avantage de pouvoir me faire à tous les styles – ou presque. Avantage ou inconvénient, je l’ignore. Le style ne m’a pas vraiment choqué mais il ne m’a pas transcendé. Peut-être parce que l’auteur a voulu donner du fonds à son roman mais voilà. Ce fonds là ne m’a pas vraiment emballé : je pense être trop loin de tout cela pour vraiment m’être prise au jeu.

Pourtant, on retrouve de très bons moments : la bande de filles est bien retranscrites bien qu’un peu clichée… Mais les secrets glauques de chacune d’entre elles alourdissent un peu les rapports, comme si l’auteur pensait que pour qu’un personnage ait de la profondeur, il fallait qu’il ait pris des coups dans la tête… Bref, au delà de ces petites faiblesses, les personnages sont franchement bien amené et chacune des filles a son caractère propre. Les autres personnages ne sont pas trop mal campés non plus mais l’enquête de fonds n’est franchement pas excitante…

Après, l’auteur a voulu joué sur plusieurs tableau : roman politique, roman de société, roman de genre… Ce qui rend parfois le tout un peu brouillon, un peu dur à suivre. Mais ça ne fonctionne pas si mal. Mais c’est certainement le soucis de ce roman. Tout ne fonctionne pas trop mal, ce qui au final en fait un roman pas trop mal. Mais pas plus…

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