Archives Mensuelles: mars 2013

1969 – Ryû Murakami

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murakami-1969Quatrième de couverture :

1969. Annulation des examens d’entrée à l’université de Tokyo. Les Beatles sortent Yellow Submarine et Abbey Road. Du côté des Rolling Stones, c’est l’année de Honkev Tonk Woinen, leur meilleur quarante-cinq tours… 1969 est aussi l’année où je passe en terminale dans mon lycée de province d’une petite ville de l’ouest de Kyûshû connue pour sa base militaire américaine.  » Rompant avec ses sombres tonalités habituelles, Murakami raconte ses souvenirs de lycéen en cette belle année 1969, quand la jeunesse lisait Rimbaud en écoutant Iron Butterfly, en rêvant de révolution et de filles. Sous la forme d’un bréviaire ironique de la culture pop des années soixante, il décrit les péripéties d’une adolescence mouvementée allant toujours à l’essentiel : le désir, la révolte, l’amour.  » Je n’ai pas renoncé au rêve d’une fête gui n’aurait pas de fin.

De la littérature asiatique qui ne ressemble en rien à de la littérature asiatique. C’est vraiment bluffant… J’ai déjà lu certains roman asiatique et il existe dans ce genre une patte très caractéristique : en général, c’est écrit de façon très rigide, rien de dépasse, aucun fouillis, tout est cadré et maitrisé. C’est vraiment une littérature facilement reconnaissable, malgré un grand nombre d’auteurs, très différents les uns des autres… Mais en général, il existe cette touche qui rend ces auteurs reconnaissables. Je pense d’ailleurs que pour un asiatique, les auteurs européens doivent tous avoir plus ou moins la même touche… Il a fallu que je lise ce roman pour m’interroger sur justement les origines des auteurs. Et après réflexion, il est relativement aisé de se rendre de l’origine des auteurs… Origine au sens large : Amérique du sud, Amérique du nord, Europe, Asie…

Mais revenons à notre roman : ce roman nous ramène dans les années 6O, et plus exactement en 1969. L’auteur nous amène au Japon, auprès d’une jeunesse désabusée, cherchant à rompre avec la tradition. L’auteur est très tendre avec cette jeunesse et on jongle entre l’ironie et la tendresse constamment. L’écriture est très fluide, très propre. Il n’y a pas de temps morts et ce roman se lit très facilement. La nostalgie et la tendresse ponctue ce roman. On a l’impression de plonger dans cette époque, entre guerre du Vietnam et beatles… En somme, un joli roman rompant franchement avec le style asiatique. Une jolie découverte !

L’avortement – Richard Brautigan

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Brautigan

Quatrième de couverture :

Un homme vit cloîtré dans une bibliothèque insolite qui accueille jour et nuit des manuscrits refusés par les éditeurs. Un jour, une femme sublime vient lui confier son livre. Elle raconte l’histoire de son corps, cette  » horrible chose  » qu’elle ne supporte plus. Entre le bibliothécaire farfelu et cette étrange créature, une histoire d’amour est née, et les ennuis commencent.

Il ne s’agit pas du premier livre de Brautigan que je lis… Comment expliquer. Je lis ce romancier par petites touches… sinon j’ai l’impression que je vais faire une overdose. Une overdose d’amérique, une overdose de réel, une overdose de tendresse. On est dans l’imaginaire si réel que parfois, c’en est troublant.

Est-ce vraiment nécessaire de parler de l’écriture : c’est forcément bien écrit puisqu’il s’agit de Brautigan… Autant où l’on peut s’interroger sur certains auteurs modernes, autant où là… L’interrogation est superflue. Après, ce roman est proche de l’absurde. Ou de l’hyperéalisme. On oscille entre les deux durant tout ce roman assez court… On a un peu l’impression d’assister à une sorte de téléréalité où l’on observe des êtres improbables. Mais l’art de Brautigan est de nous faire aimer ces personnages improbables… Que l’on ait envie de voir, envie de les suivre. Histoire de voir où cela va nous mener.

Je ne conseillerai pas ce livre à toutes les personnes. Il faut une bonne dose de loufoquerie, il faut aimer également les années soixante, il faut aimer l’ambiance hippie et le côté déjanté. Il faut parfois passer sur certaines longueurs. Ou plutôt non : il faut se laisser porter par ces longueurs, par cette impression de faire du sur-place avec les personnages. Je vous dis, on est si proche de certaines scènes de théâtre de Ionesco… Bref, ce n’est pas accessible à tout le monde : il faut accepter de rejoindre ces paumés et de se laisser faire ; Brautigan est un expert pour nous emmener là où il le souhaite.  Pour moi, comme tous ses romans (même s’il ne s’agit pas de son meilleur), il s’agit d’un chef d’œuvre.

Comment je suis devenu stupide – Martin Page

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stupideQuatrième de couverture :

 » Tu veux dire, prononça lentement Ganja en mâchant des graines médicinales, tu veux dire que tu as été stupide d’essayer d’être si intelligent, que c’était à côté de la plaque, et que devenir un peu stupide, c’est ça qui serait intelligent… « 

Antoine a beau être diplômé d’araméen, de biologie et de cinéma, il n’en est pas plus heureux. Et, selon lui, ce sont précisément son intelligence et sa lucidité qui lui gâchent l’existence. Aussi décide-t-il d’arrêter de penser.

Il envisage d’abord de devenir alcoolique, mais, dès le premier verre, il sombre dans un coma éthylique. Il s’intéresse ensuite au suicide, mais la mort ne l’attire décidément pas. Reste l’acte ultime : la crétinisation.

Loin de tout moralisme, avec humour et détachement, Martin Page pointe les contradictions contre lesquelles nous nous battons tous, pour peu que nous tentions de réfléchir.

Je suis très partagée quant à ce roman. Je vais passer très vite sur le style de l’auteur qui est fluide et qui se lit bien, non sans parfois quelques lourdeurs. Mais c’est surtout les idées de ce roman qui me le rende difficile à apprécier… Déjà, l’auteur part d’un postulat qui me gène : l’intelligence est avant tout une accumulation de connaissances qui rongent, rongent, rongent… Le personnage principal est je trouve, avant d’être intelligent, névrosé : il est assailli par des questions sans réponse, qui le rendent à la limite de l’associable. Et cela ne le rend en rien sympathique : il en devient pédant…

En outre, certaines leçons sur notre société moderne, quoique justes, enfoncent complètement des portes ouvertes : évidemment que nous sommes dans une société de consommation à l’excès mais de là à voir dans Mc Do une première étape vers la bêtise, cela me semble bien hautain et assez prétentieux. En somme, ce sont ce genre d’idées qui m’ont gêné : le coté prétentieux de ce héros se trouvant intelligent qui ne mange pas Mc Do, ne regarde pas la télé, a un rapport avec l’argent particulier… Bref, absolument pas intégré à notre société actuelle. En fait, il s’agit d’idées très bobo qui sont ici défendues par l’auteur.. Très condescendantes. Je m’attendais limite à ce qu’il parle d’Arté ou de littérature ;

En somme, je ne le conseillerai pas : pas vraiment d’étonnement, pas vraiment d’humour (même si certains passages sont drôles), un cynisme trop condescendant et trop commun pour être vraiment ressenti comme un pamphlet. En outre, j’ai vraiment trouvé le roman condescendant, pédant… Bref, je passe à un autre roman !

L’atelier des miracles – Valérie Tong Cuong

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atelierQuatrième de couverture : Prof d’histoire-géo mariée à un politicien narcissique, Mariette est au bout du rouleau. Une provocation de trop et elle craque, envoyant valser un élève dans l’escalier. Mariette a franchi la ligne rouge.
Millie, jeune secrétaire intérimaire, vit dans une solitude monacale. Mais un soir, son immeuble brûle. Elle tourne le dos aux flammes se jette dans le vide. Déserteur de l’armée, Monsieur Mike a fait de la rue son foyer. Installé tranquillement sous un porche, il ne s’attendait pas à ce que, ce matin, le « farfadet » et sa bande le passent à tabac.
Au moment où Mariette, Millie et Mike heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main – Jean, qui accueille dans son Atelier les âmes cassées, et dont on dit qu’il fait des miracles.
Mais peut-on vraiment se reconstruire sans affronter ses fantômes ? Avancer en se mentant et en mentant aux autres ? Ensemble, les locataires de l’Atelier vont devoir accepter leur part d’ombre, tandis que le mystérieux Jean tire les ficelles d’un jeu de plus en plus dangereux.

Comme quoi, le suspens peut se glisser un peu n’importe où ! J’avoue que ce roman m’a bluffé. La quatrième de couverture m’avait alléché et j’ai bien fait de me laisser faire ! Si je dois faire une critique, la couverture ne rend absolument hommage au roman.

Bon déjà, l’écriture : simple sans être simpliste, fraiche, agréable… Vraiment pas difficile à lire, pas de longues description, on est sur du narratif ; les personnages se racontent et racontent leur point de vue. Et chaque chapitre fait tour à tour vivre l’un ou l’autre des personnages, tout en faisant avancer l’histoire. En somme, ça fonctionne très  bien et franchement, je n’ai jamais eu l’impression d’avoir des redites.

Les personnages ont beaucoup de profondeurs : aucun n’est vraiment blanc ou noir, mais plutôt d’une infinité de nuances… Leur vie se croise, s’entrecroise surtout lorsqu’ils sont tous recueillis par Mr Jean, un personnage que par contre, par certains côté,  j’ai trouvé un peu simpliste… Mais ce fait est largement compensé par les autres personnages. Après, il s’agit vraiment d’un miracle : les personnages remontent la pente à une vitesse un peu surnaturelle mais bon…

Le livre prend parfois des chemins un peu faciles et pas vraiment étonnants mais j’ai passé un très bon moment néanmoins… Donc à lire sans hésitation : pour la poésie, pour les personnages, pour l’écriture…

Un si joli visage – Lori Lansens

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046986_CouvertBasse_#2909EA.qxdQuatrième de couverture : 5 kilos pris à la mort de son père, 10 à la suite de sa fausse-couche… En raison de son obésité, Marie se complaît jour après jour dans une solitude mortifère. Consumée par un quotidien qui se résume à des allers-retours entre son lit et le frigidaire, Marie, ne vit que pour et par Jimmy, son mari. Or, un soir, à la veille de ses noces d’argent, celui-ci ne regagne pas leur maison en Ontario.
Résolue à retrouver Jimmy, Marie délaisse sa vie sans remous et s’envole pour Los Angeles. Au fil de rencontres insolites, avec un immigrant mexicain, puis des triplés dont elle prendra soin comme s’ils étaient ses propres enfants, Marie apprend à s’ouvrir aux autres et à se libérer de ses peurs.
Son périple sous le soleil de Californie devient contre toute attente un voyage initiatique où la personne recherchée n’est peut-être qu’elle-même…
L’auteur des Filles, reconnue pour l’humanité de ses portraits d’êtres insolites, merveilleusement attachants, montre avec humour et délicatesse que les miracles existent et qu’ils ne sont pas toujours là où on les imagine.

Je vais bien avouer, j’ai eu énormément de mal à me plonger dans ce roman… Le personnage principal est en effet au premier abord larmoyant et particulièrement peu intéressant… Mais au fur et à mesure, il gagne en profondeur, en humanité. J’avoue avoir réagi comme le personnage : j’ai appris à l’aimer en tournant les pages de ce roman…

L’histoire pourrait sembler au premier abord un thème classique mais il n’est pas traité comme tel. Ce roman n’est en rien larmoyant. Il est un peu pleins de bonnes intentions parfois et on sent bien une touche américaine, mais il m’a fait passer un bon moment et j’ai bien aimé ce coté touchant et tendre. J’ai aimé suivre l’évolution de cette grosse femme qui apprend au fil de son voyage et de ses rencontres à s’ouvrir aux autres et à s’aimer.

En gros, on est pas sur un coup de coeur mais j’ai vraiment passé un bon moment !